Lettre ouverte à Jean Joël Le Chapelain

English versionMonsieur,

Je vous remercie pour votre courriel. Malheureusement je ne serai des vôtres ce lundi 25 janvier 2010 pour l’assemblé générale.

Je ne sais pourquoi (je ne vous connais malheureusement pas) mais j’ai envie de vous répondre et de vous exprimer ma situation.

Si j’avais voté pour le président de la république actuel, je l’aurais uniquement fait pour sa promesse de campagne qu’était la suppression du ministère de la culture. Je suis co-gérant d’une compagnie professionnelle de théâtre qui existe depuis 1993.
En 1997, nous alertions les professionnels du spectacle vivant et les institutions culturelles sur l’inexistence d’orientation artistique et culturelle. En 1998, les bailleurs institutionnels ont cessé de nous subventionner sans aucune explication. De généreux artistes et spectateurs sont venus à notre rescousse financière. Puis nous avons appris à survivre en vendant nos productions.

Est arrivé 2003, avec la signature d’un nouveau protocole pour les intermittents du spectacle. Après avoir fragilisé l’existence de notre compagnie, les pouvoirs publics se sont attaqués à notre personnel. Il faut vous dire que j’attendais l’intervention médiatique des grandes figures du théâtre français pour soutenir les intermittents, en vain. De nombreux clivages se sont révélés. Et le public n’a pas toujours compris.

Je ne vous cache pas que les années qui ont suivies ont encore été un peu plus difficiles à vivre de notre métier. Mais nous venons des saltimbanques de foire ! On a beau détruire notre théâtre, nous le reconstruisons. Alors on se bat chaque jour pour notre si passionnant métier, en le pratiquant malgré les écueils qui surviennent.

Pour notre survie les médias ont un rôle très important. Mais eux aussi ont évolué considérablement au fil des ans et pas forcément dans le bon sens. En 1997, la presse et la radio nous aidaient dans la propagation médiatique de notre travail. Mais malheureusement, la presse a perdu de sa puissance. Les radios se sont faites moins nombreuses et peut-être un peu moins libres. Pour vous dire, il y a de ça quelques années déjà : La radio qui siégeait juste en face de notre salle de spectacle a été remplacée par une Banque.

Heureusement, pour fidéliser notre public, on a apprivoisé cet outil formidable qu’est Internet. Mais aujourd’hui, lui aussi est en danger. L’année dernière le ministère de la culture et de la communication a fait voter à deux reprises la loi Hadopi. Effet désastreux : Le ministère de la culture s’en prend désormais à notre public en le rendant hors-la-loi ! Dans quelques semaines, il fera voter la loi Loppsi. Notre propriété intellectuelle va être mis à mal et aucune voix ne conteste cette future surveillance quotidienne de nos ordinateurs. Moi j’appelle cela de l’espionnage ! Il est là le véritable piratage.

Vous comprendrez que je ne peux en toute conscience demander à ce ministère qui nous fait tant de mal, un débat pour le vote d’une loi d’orientation pour l’art et la culture. A mes yeux, le contrat est rompu. Et je suis triste de le dire, mais il me semble que votre débat a dix années de retard. Aujourd’hui on en est à la loi Loppsi ! Il est là le véritable débat que l’on devrait avoir… si nous vivions dans une réelle démocratie.

Je ne serai malheureusement pas des vôtres mais vous souhaite néanmoins de bons débats, de bonnes discussions, d’authentiques expressions, de belles pensées et idées.

Avec mes sincères salutations.
Philippe PILLAVOINE
www.philippepillavoine.com

P.S. : Depuis quelques temps je signe toujours comme ça « sincères salutations ». Dans son livre Yasmina REZA rapportait que le président de la république actuel disait que ça faisait péquenaud ! J’adore !



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